La guerre du Pacifique débarque sur Canal +

05 Septembre 2010


Neuf ans après « Band of Brothers », Steven Spielberg et Tom Hanks explorent un autre versant de la Seconde Guerre mondiale dans leur nouvelle série, « The Pacific » (ce lundi soir 6 septembre à 20 h 45 sur Canal +). Une réussite vertigineuse

Les corps fauchés s’amoncellent. Le hasard impose sa nécessité. Rien n’est sûr, durable ni établi sur le champ de bataille. Chaque homme affronte la mort comme un joueur de roulette russe. Le courage, l’expérience, l’habileté ou la force ne comptent guère dans l’affrontement. Avancer sous le feu de l’ennemi, se baisser ou se relever au bon moment, tuer le premier, ne jamais baisser la garde… rien ne protège durablement le soldat dans la guerre moderne. La matière, le métal, la puissance aveugle des armes imposent leur loi. L’homme est à la fois bourreau et chair à canon.

Rarement dans un film de guerre on aura ressenti cette expérience du feu aveugle, de la démesure, de la rage et de l’impuissance, de la bonne fortune et de la fin soudaine. On pense à Steven Spielberg dans Il faut sauver le soldat Ryan, à Terrence Malick dans La Ligne rouge ou à Clint Eastwood dans Mémoires de nos pères. Mais la série surplombe le cinéma dans sa capacité à renouer avec le récit au long cours.

La longueur du propos (10 × 52 minutes) favorise l’effet de répétition et de durée que l’on éprouve en lisant l’Iliade d’Homère. La série Pacific nous rend témoins de la lente et profonde descente aux enfers de trois jeunes Marines engagés sur le front oriental, de leur déshumanisation progressive et inévitable. La frontière entre le bien et le mal, le juste et l’injuste disparaît dans le cœur de la bataille. S’il faut tuer son camarade parce que ses cris de démence compromettent la vie du groupe, il ne faut pas hésiter.
Un versant de la Seconde Guerre mondiale trop peu connu en France

Inspiré des récits véridiques de deux de ces Marines (With the Old Breed d’Eugene B. Sledge et Helmet for My Pillow de Robert Leckie), Pacific s’étend de la bataille de Guadalcanal, en août 1942, à celle d’Okinawa, en avril 1945. Un versant de la Seconde Guerre mondiale trop peu connu en France. Pourtant, la guerre à laquelle se livrèrent les États-Unis et le Japon fut d’une rare cruauté. Une montée aux extrêmes qui s’achève dans le feu nucléaire.

Steven Spielberg et Tom Hanks se sont lancés dans la production de cette série, versant oriental de Band of Brothers qu’ils avaient produit en 2001. Les moyens engagés sont considérables : 200 millions de dollars ! Les plus grands réalisateurs de séries américaines sont convoqués : Carl Franklin (Rome), Jeremy Podeswa (Six Feet Under), Tony To (Band of Brothers), Tim Van Patten (Soprano). Si Pacific est un vibrant hommage à ces jeunes Marines, il ne cache pas les effets dévastateurs sur ces garçons. La transformation de Sledge (1) en une machine de guerre animée par l’esprit de destruction et de haine est d’une terrible efficacité. L’épisode le plus hallucinant est sans doute le sixième, consacré à la prise de l’aéroport de Peleliu. Mais le propos ne tombe jamais dans l’exaltation du sang et de l’horreur.

Évitant le voyeurisme, le film réussit à articuler la crudité de la guerre à la finesse des rapports humains. Bien loin des scènes de combat, il s’attache à montrer comment ces hommes tentent de rester des hommes dans un contexte qui anéantit toute forme d’humanité. « Vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir », écrivait Dante sur le pas de son Enfer. Un avertissement qui hante longtemps le téléspectateur. 

Par Laurent Larcher

Source : La Croix