The Pacific, la nouvelle série de Spielberg sur Canal+

30 Août 2010


Vainqueur dans la catégorie "meilleure minisérie" aux derniers Emmy Awards, la nouvelle série produite par Steven Spielberg et Tom Hanks sera diffusée dès le 6 septembre sur Canal+. Une série événement à 200 millions d'euros façon Band of Brothers, tétanisante de barbarie et d'humanité. Retour sur images par les trois acteurs principaux. 

James Badge Dale (Robert Leckie)

Robert Leckie, votre personnage, a vraiment existé. Quelles ont été vos sources d'inspiration pour l'incarner?
Les scénaristes m'ont envoyé une énorme boîte par FedEx contenant toutes les recherches qu'ils avaient effectuées pour écrire le script, et plus particulièrement le personnage de Leckie. Il y avait des photos et des vidéos de lui, des livres qui lui étaient consacrés et ses autobiographies. J'ai aussi rencontré sa femme, Vera, et ses enfants. Robert est mort en 2001 et tout ce que j'ai appris à son sujet m'a fait regretter de ne pas l'avoir connu.

Êtes-vous parvenu à rendre à l'écran ce qu'il avait subi pendant la guerre du Pacifique?
Je pensais que je savais comment jouer un type qui a vécu les horreurs de cette guerre, ce qu'il a éprouvé physiquement et psychologiquement. J'avais tout vu et tout lu à ce sujet. Et puis au fur et à mesure du tournage, j'ai appris à fermer ma gueule. On ne peut pas savoir si on ne l'a pas vécu. Des vétérans m'ont dit qu'ils en étaient venus à prier pour mourir tellement ils redoutaient la sauvagerie de leurs ennemis et je sais que Leckie a lutté contre ses démons, qu'il avait peur de devenir fou. En sachant ça, je pense que ce serait manquer de respect de dire que je sais ce que Leckie a subi. Mais j'ai essayé de m'en approcher autant que possible.

Qu'est-ce que vous saviez de cette guerre avant la série?
Pas grand-chose. Dans les écoles américaines, le sujet est très peu abordé parce qu'il est encore douloureux. Je partais de quasi rien, je me suis tout pris dans la figure de plein fouet.  


Jon Seda (John Basilone)

Comment incarne-t-on une légende telle que Basilone?
Difficilement. Il n'a pas écrit ses mémoires, contrairement aux deux autres personnages principaux, Leckie et Sledge. Il y a beaucoup de livres sur lui, bourrés d'anecdotes sur son enfance, ses faits d'armes, et j'ai pu parler avec des vétérans qui ont servi avec lui à Iwo Jima. La difficulté était de n'en faire ni un Rambo ni un faible, mais un gars normal du New Jersey qui s'épanouit lorsqu'il devient un Marine, qui se conduit en héros sans se considérer comme tel.

Comment est-il devenu une légende?
Il faisait partie du premier contingent de Marines qui a débarqué à Guadalcanal. Il est devenu célèbre en défendant Henderson Field, un lieu stratégique de l'île. Si les Japonais s'en étaient emparé, la guerre se serait terminée autrement. Une nuit, des milliers de Japonais se sont engouffrés dans une brèche des lignes de défense américaines et Basilone les a contenus avec sa mitrailleuse, il tirait, partait recharger, revenait tirer et ainsi de suite. Il a reçu une médaille pour cet acte de bravoure.

Qu'est-ce qui a été le plus éprouvant?
Les scènes de batailles étaient très éprouvantes physiquement, mais ce n'était rien comparé à ce que les soldats ont vécu. C'est émotionellement que c'était le plus dur, je jouais un homme qui avait existé, il y avait des faits à respecter et j'ai vraiment eu du mal à comprendre pourquoi il avait choisi de retourner sur le front alors que sa hiérarchie l'avait renvoyé aux États-Unis et qu'il venait de se marier. Ce processus-là a été douloureux pour moi.  


Joe Mazzello (Eugene B. Sledge)

Qui est Sledge?
Il est originaire d'une ville de l'Alabama, il est issu d'une famille riche et d'une lignée de soldats. Même son arrière-arrière-grand-père a servi dans les troupes révolutionnaires. Eugene a toujours voulu aller à la guerre, parce qu'il a le sens du devoir et qu'il veut défendre sa patrie. Il a été élevé comme ça. Lorsqu'il est déclaré inapte, son monde s'effondre. Il parvient quand même à s'engager et découvre que tout ce qu'il a pu lire et entendre sur la guerre ne l'a absolument pas préparé à la réalité des batailles. Mais il surmonte le choc, affronte ses peurs et devient un héros.

Est-ce que Tom Hanks et Steven Spielberg étaient très présents sur le tournage?
Ils étaient très impliqués, même s'ils n'étaient pas sur le plateau. Le tournage se déroulait en Australie et ils avaient d'autres projets en cours aux États-Unis, mais ils ont été présents pendant tout le casting, qui a duré six mois, au cours duquel on a tous auditionné six fois. Pendant le tournage, on savait que chaque rush leur était directement envoyé et qu'ils les regardaient le soir. Au besoin, ils réécrivaient des scènes et nous transmettaient des notes personnellement. Ils ne se contentent pas de mettre leur nom au générique, ils participent activement à leur projet et ils attendent le meilleur de chacun. La pression était énorme.

Le tournage semble avoir été dur, comment avez-vous tenu le choc?
C'est vrai qu'on a tourné pendant dix mois dans des conditions extrêmes, parfois de nuit, sous la pluie, dans la boue avec de vrais équipements qui pesaient des tonnes, ou sous 50° dans une sorte de jungle assez hostile, ou dans les Amtraks, ces barges qui emmènent les troupes sur le rivage et qui nous ont tous rendus malades comme des chiens. C'était éreintant physiquement mais en camp d'entraînement, on a appris le plus important : la camaraderie, la solidarité. On était comme de vrais Marines : une famille. C'est ce qui nous a permis de tenir. 

Par Sandra Benedetti

Source : L'Express