"The Pacific", série virtuose sur le conflit américano-japonais

02 Septembre 2010


Cap à l'est avec The Pacific, minisérie HBO sur le conflit américano-japonais. Véracité historique et hyperréalisme sanguinolent, on y retrouve tous les ingrédients qui ont fait le succès des productions guerrières de Spielberg et de Hanks.

Quand HBO, la chaîne phare du câble américain, décide de sortir ses muscles, elle ne le fait pas à moitié. Longue mélopée sur une partie "oubliée" de la Seconde Guerre mondiale, film de guerre surdimensionné auquel ne manque que le grand écran, The Pacific repousse les limites de la minisérie, à la fois par son budget (150 millions de dollars pour dix épisodes) et son ambition (toute une guerre en un seul mouvement).

Steven Spielberg et Tom Hanks, ses initiateurs, poursuivent ici un travail entamé en 1998 avec Il faut sauver le soldat Ryan. Après avoir remporté cinq oscars, ils ont décidé que la télévision portait mieux que le cinéma leur désir pédagogique et romanesque. Cela a donné Band of Brothers en 2001 (déjà sur HBO), dix épisodes traversant l'Europe pour la libérer des nazis. Et maintenant, The Pacific, consacré aux batailles entre Etats-Unis et Japon pour le contrôle de minuscules îles paradisiaques devenues infernales en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire.

Dans un documentaire de Didier Allouch, diffusé par Canal Plus en complément de programme, Tom Hanks prévient : "C'est étrange de le formuler ainsi, mais Band of Brothers était presque glamour en comparaison." Spielberg enfonce le clou juste après lui : "On a voulu que ce soit laid, sale, bourré de maladies et sauvage (...). La guerre du Pacifique était une guerre de racisme et de terrorisme." L'auteur de Munich (qui n'a réalisé aucun épisode) fait allusion à la fois au comportement des soldats américains, conditionnés pour tuer des "saletés de Japs" par n'importe quel moyen, et à celui de l'armée impériale, coupable d'avoir parfois sacrifié des civils de son propre camp pour piéger l'ennemi.

Rien de tout cela n'est caché dans cette vison entomologique d'une guerre atroce, portée par une poignée d'acteurs souvent fabuleux et encore peu connus. Notre préféré : James Badge Dale, dont certains se souviendront l'avoir vu dans la saison 3 de 24 heures chrono. Les plus pointus reconnaîtront son visage dans la toute nouvelle production de la chaîne AMC, Rubicon.

Les événements consignés par The Pacific, notamment les batailles de Guadalcanal, Iwo Jima et Okinawa, avaient donné lieu à des films (parfois des chefs-d'oeuvre) comme Les Diables de Guadalcanal de Nicolas Ray en 1951 ou La Ligne rouge de Terrence Malick en 1998. John Ford, Lewis Milestone et récemment Clint Eastwood, s'y sont également collés. Mais la série utilise le format télévisuel pour raconter à travers le destin de trois marines une épopée fourmillante de détails qui en fait un objet assez inédit, en tous cas jusqu'à un certain point. Car aucune révolution formelle, ni même vraiment narrative - l'histoire est basée sur plusieurs livres de mémoires - ne sont à attendre. Ces dernières années, Mad Men a largement contribué à dynamiter la série historique, en traitant un sujet certes moins brûlant, les sixties. The Pacific n'en tient absolument pas compte et reste très classique. Dans ses moins bons moments, et il y en a forcément au long de ces dix heures de fiction, l'éternel mélo guerrier made in USA fait son oeuvre. On n'en voudra pas à ceux qui se lassent, surtout vers la fin.

C'est ailleurs que la série intéresse : dans son rendu fidèle de la monotonie de la guerre, ce rythme étrange qu'imposent le combat, la peur et la paranoïa. Entre fureur et léthargie, un monde se crée, que les dix heures de récit apprivoisent. Une autre planète où de jeunes hommes absolument pas préparés se trouvent brusquement balancés. On pense à Generation Kill (2008), la minisérie coupante sur l'Irak de David Simon, créateur de The Wire. Un modèle encore hors de portée mais effleuré par The Pacific, qui sait aussi appuyer là où ça fait mal. Les implacables scènes de combat, parfois très longues, marqueront les spectateurs les plus aguerris. "Ces garçons conduisaient des tracteurs dans la ferme de leurs parents et un an plus tard, ils pouvaient perdre leur âme." C'est Spielberg qui le dit.

Source : Les Inrocks