Tom Hanks: «Mon épouse me complète»

16 Novembre 2013


Tom Hanks va-t-il recevoir un troisième oscar pour son rôle dans «Capitaine Phillips», sur nos écrans le 20 novembre? Le film, racontant l’histoire vraie de la prise d’otages d’un cargo américain par des pirates somaliens en 2009, fait figure de favori pour 2014. Mais en arrivant à notre rendez-vous, Tom Hanks aborde un tout autre sujet en riant: «Vous allez me parler de mon diabète?» Rien, pas même ses ennuis de santé ne semblent pouvoir lui ôter son sourire. Marié depuis un quart de siècle, deux fois grand-père, il est toujours jovial. Et aime être direct. «Un de mes enfants est journaliste alors je connais votre métier. Commençons par le diabète pour être débarrassé de la question.»

Vous avez récemment révélé votre diabète. Est-ce une conséquence de vos pertes de poids pour certains rôles?
Non, cela n’a rien à voir. Je vis avec un taux élevé de sucre dans le sang depuis l’âge de 13 ans. Je n’en ai jamais fait mystère. Je pensais que c’était connu, en tout cas autour de moi. Je suis gêné que l’on me pose la question à présent car je n’ai rien à reprocher à quiconque. A part à moi-même: j’aime trop la bonne chère et les bons vins!

Seriez-vous prêt à reperdre autant de poids que pour «Cast Away»?
Non, j’ai passé l’âge. Mais je ne regrette pas de l’avoir fait à l’époque.

Vous êtes marié depuis plus de 25 ans avec l’actrice Rita Wilson. Quel est votre secret pour durer à Hollywood?
C’est difficile de rester mariés à Hollywood comme partout ailleurs. Je ne crois pas que l’on divorce plus dans l’univers du showbiz. C’est juste que cela se passe dans l’œil du public. Ma chance a été de rencontrer Rita, la personne qui me complète. Nous avons toujours su nous encourager dans nos projets au lieu de ne penser qu’à nous-même.

A 57 ans, vous êtes grand-père de deux filles. Vous sentez le poids des années?
J’aime être grand-père. J’apprends beaucoup avec mes enfants et petits-enfants. C’est eux qui me permettent de rester dans le coup en me parlant des nouveautés, surtout de technologie. J’aime vieillir. Je n’ai plus à me soucier de la longueur de mes cheveux. (Rires.) Je me sens plus jeune qu’à 25 ans. Je n’ai plus rien à me prouver et je peux vivre sereinement. Je refuse de regarder en arrière en pensant que mes plus belles années sont passées. Au contraire, je célèbre chaque anniversaire en me disant que le meilleur reste à venir. Je viens de vivre l’une des expériences les plus terrifiantes de ma carrière en tournant «Capitaine Phillips». Je vis pour ces moments forts.

En quoi le tournage était-il «terrifiant»?
Le réalisateur Paul Greengrass a joué sur la surprise. Il a gardé à l’écart du tournage les acteurs locaux qui jouaient les pirates somaliens. Ils ont pris d’assaut notre cargo alors que nous devions tourner une scène banale…

Quelle a été votre réaction?
J’étais mort de peur. Nous avons eu la même réaction que l’équipage du cargo qui a réellement vécu ce drame. J’ai vu ces gars maigres, avec une vilaine dentition, équipés d’armes automatiques qu’ils agitaient devant mon visage. C’était horrible!

Tout le tournage n’a pas été aussi pénible?
Non, après la troisième prise, ma peur a disparu. L’un des pirates s’est avancé vers moi en me disant: «Tu n’imagines pas à quel point je suis heureux de travailler avec le gars de «Forrest Gump»...» J’ai éclaté de rire. Nous sommes devenus copains.

En quoi «Capitaine Phillips» est-il différent des films de pirates classiques?
Le livre autobiographique était déjà un scénario en soi car il est écrit de manière très directe. Vous avez tous les éléments d’un grand film: un lieu exotique, un équipage hétéroclite fait de personnages surprenants et de l’action. Hollywood a souvent produit des films catastrophe où des méchants attaquent un paquebot, un avion ou même la Maison-Blanche. Mais «Capitaine Phillips» retrace la première attaque d’un bâtiment américain en mer en 200 ans. Notre challenge était de conserver la véracité de l’histoire tout en offrant un spectacle «commercial».

Il valait mieux ne pas souffrir du mal de mer, non?
Vous ne croyez pas si bien dire. J’ai plutôt le pied marin et tout s’est bien passé jusqu’à ce que l’on démarre les scènes dans le canot de sauvetage. C’était très inconfortable et instable. A plusieurs reprises des membres de l’équipe vomissaient. Il suffit d’un malade pour que les autres suivent.

Le fait d’incarner un personnage réel dans une affaire connue vous a-t-il plu?
Je suis fasciné par ce genre qui mélange divertissement et information. Je lis la presse tous les jours et j’y découvre des histoires vraies qui me semblent bien plus intéressantes que la majorité des films qui sortent au cinéma.

Avez-vous rencontré le vrai capitaine Richard Phillips?
Bien sûr. Il m’a reçu dans sa maison. Je lui ai demandé des détails. J’ai aussi voulu savoir comment il gérait un équipage de 26 personnes, parmi lesquelles se trouvaient 2 ou 3 têtes brûlées. Sa réponse a été édifiante: «Je suis ravi qu’il n’y ait eu que 3 dingues. En général, ils sont bien plus nombreux à avoir un grain dans ce métier.»

Quelle a été la plus grande surprise pour vous?
La ténacité du capitaine. Il ne se considère pas comme un héros et il a repris le travail en repartant en mer quelque temps après son retour au pays. Comprendre sa force est l’élément-clé de mon approche du personnage. Peu de gens qui ont survécu à une prise d’otages sont capables de reprendre le cours de leur vie aussi vite. C’est une belle leçon de courage.

Par Henry Arnaud

Source : Le Matin