Tom Hanks sur son nuage

12 Juin 2011


Rencontre. Longtemps considéré comme l'acteur le plus « bankable » aux États-Unis, Tom Hanks vit sur un nuage. Il le prouve encore avec « Il n'est jamais trop tard », à l'affiche le 6 juillet, un film plein d'espoir qu'il a lui-même réalisé.

Comment vous est venue l'idée du scénario de « Il n'est jamais trop tard » ?
J'ai pensé voici six ans à cette histoire d'un chômeur qui refait des études pour retrouver un emploi et tombe sur une enseignante très jolie. L'idée du scénario vient d'une expérience que j'ai moi-même vécue durant ma jeunesse dans un genre de cours du soir. Je me suis retrouvé avec des gens deux fois plus âgés que moi, des retraités, des business men et même des anciens militaires qui avaient fait la guerre du Vietnam.
Le premier jour de l'école, qu'on ait huit ou dix ans ou qu'on soit un adulte, on se sent tous comme des gamins. J'ai voulu traduire cette sensation dans mon film.

Voulez-vous transmettre un message social à travers votre personnage de chômeur dans l'Amérique d'aujourd'hui ?
Oui mais je ne voudrais pas que le public voie mon film sous cet angle seulement. Avec lui, je souhaite surtout combattre le cynisme et faire régner l'optimisme. L'homme que j'interprète est un type bien que le système laisse tomber. Mais il s'en sort en prenant des cours. Mon film montre donc qu'il y a toujours une issue dans la vie et un espoir si l'on croit en soi.

Quelles études feriez-vous si vous étiez amené à cette situation comme votre personnage ?
Si je devais retourner à l'université, j'apprendrais un métier utile, un don que je pourrais utiliser sur un plan thérapeutique comme la kinésithérapie. Tout le monde a besoin d'un bon massage.

Votre personnage a été cuisinier sur un bateau. Cuisinez-vous ?
Je suis le roi du « petit-déj », du pain perdu comme on le voit dans le film, des frites et des saucisses.

Est-ce une référence à votre père qui était lui-même cuisinier ?
Oui, il faisait lui-même de très bons « petit-déj ». Je lui ai aussi rendu hommage à travers l'un des cours dans le film qui porte sur la cuisine. J'ai gardé le même nom : « Hotel restaurant food preparation ». Il enseignait lui-même cette matière car, comme il a fini par détester le milieu de la restauration, il en était venu à l'enseignement. Il était un peu la « Julia Roberts » de mon film.

Quand avez-vous pensé à cette actrice pour tenir l'autre rôle principal ?
Depuis le début, j'ai pensé à elle. Je m'étais dit que si quelqu'un perd son boulot et que si son prof a les traits de Julia Roberts, le scénario devenait intéressant. Je lui ai demandé de jouer une femme en colère, un peu amère et désabusée. Je trouvais amusant qu'elle interprète son personnage de cette façon dans la mesure où cette actrice est une icône en laquelle beaucoup de femmes se reconnaissent.

Votre personnage roule en scooter. Que représente ce moyen de locomotion pour vous ?
Mon personnage le fait d'abord par souci d'économie. Mais je voulais montrer que ce moyen de locomotion est associé à des gens « cool », qu'il permettait de respirer l'air, d'être en connexion avec la nature. C'est un bon trip même si les voitures représentent toujours un danger.

En quelque trente ans de carrière, vous êtes venu pour la seconde fois à la réalisation avec « Il n'est jamais trop tard ». Pour quelle raison ?
Mon film était trop personnel pour que j'en confie la réalisation à quelqu'un d'autre. J'ai tout de même rencontré plusieurs réalisateurs durant le stade du développement. Mais j'ai compris que les bons cinéastes que je recherchais n'étaient pas intéressés pour développer ou réaliser le projet d'un autre.
Je me suis aussi rendu compte que je n'avais confiance qu'en moi pour mettre en scène ce que j'avais dans la tête. Comme le scénario n'était pas encore finalisé, je me suis donc mis à le retravailler. Si j'avais choisi un autre réalisateur, je n'aurais pas supporté qu'il m'impose des idées contraires aux miennes et j'aurais passé tout le tournage auprès de lui pour le surveiller. La réalisation a donc été une métamorphose naturelle pour moi.

Est-ce qu'il a été aussi naturel pour vous de devenir acteur ?
Je le pense. J'ai toujours parlé haut et fort. J'ai toujours été une « grande gueule ». J'ai toujours aimé attirer l'attention des autres sur moi. Vers quinze ou seize ans, je ne trouvais pas ma place dans la vie.
Mes cours ne me plaisaient pas vraiment. J'ai découvert alors que je pouvais suivre des cours d'art dramatique et qu'ils pouvaient m'apporter des points pour mon diplôme. Je les préférais aux cours de physique. Quand je suis arrivé dans le milieu théâtral, j'ai d'abord eu des fonctions de producteur. Je m'occupais notamment de faire construire les décors. J'ai alors compris que la scène était un des endroits les plus importants pour un acteur.

Quand vous avez débuté, est-ce que vous avez été confronté au chômage comme votre personnage dans « Il n'est jamais trop tard » ?
Oui. On déménageait tous les six mois car on changeait de théâtre. J'ai vécu dans des dizaines de maisons différentes. Je me souviens notamment d'un show que j'ai fait à la télévision pendant deux ans : il a été annulé du jour au lendemain.
J'ai dû faire mes valises ainsi pendant quinze ans sans point d'attache. À chaque fois, on perdait tout ce qu'on avait acheté pour meubler notre domicile. J'ai beaucoup de Larry Crowne, mon personnage de « Il n'est jamais trop tard ».La seule différence, c'est que Larry n'a pas d'enfant. Quand on en a comme moi, il faut assumer ses responsabilités autrement.

Quels sont vos projets ?
Je dois tourner Cloud Atlas sous la direction des frères Wachowski, une adaptation d'un roman de David Mitchell qui a été un immense succès de librairie.

Par Fabrice Littamé

Source : L'union