Larry Crowne: héros de sa propre vie

25 Juin 2011


Après That Thing You Do! qu'il a produit, écrit, réalisé et dans lequel il a joué en 1996, Tom Hanks s'était «contenté», pour le grand écran, de jouer et de produire. Avec Larry Crowne, où il fait de nouveau équipe avec sa partenaire de Charlie Wilson's War, Julia Roberts, il reprend tous les flambeaux. Rencontre.

«En passant, le film avec le type en costume qui fait exploser des planètes et finit avec la fille parce qu'il voyage dans le temps, ce film-là est à chier.» Tom Hanks souriait en disant cela, mais il a pris le temps de préciser: «Ne pensez pas que je dis qu'un film est nul, mais, bon, vous comprenez où je veux en venir...»

Ainsi parlait-il lors d'une conférence tenue à Los Angeles pour présenter Larry Crowne, le nouveau film qu'il a produit, coscénarisé avec Nia Vardalos (My Big Fat Greek Wedding), réalisé et dans lequel il tient le rôle-titre. Une comédie romantico- dramatique «simple, réaliste, humaine», en route pour affronter au box-office les films à succès estivaux qui, eux, sont énormes (en budget), irréalistes (en contenu) et surhumains (en ce qui concerne les combats en tous genres).

Le héros ordinaire de Larry Crowne est en effet un homme dans la cinquantaine, affable et aimable. Il a été marine et, depuis son retour au pays, il travaille dans une grande surface où il est, régulièrement, nommé employé du mois. Sauf qu'aux prises avec la crise économique, l'entreprise réduit ses effectifs. Larry est ainsi mis à pied. L'excuse, puisque la qualité de son travail ne peut être mise en cause? Il n'est jamais allé à l'université.

«Larry ne traverse pas une crise de la cinquantaine, mais un désastre de la cinquantaine, poursuit Tom Hanks. Une crise, c'est quand vous vous levez un matin et vous vous dites: Oh, j'ai tout ce que je veux, mais je suis malheureux. Larry fait face à bien pire. Il a perdu son emploi et du coup, il va perdre sa maison, devoir quitter la communauté dans laquelle il s'est fait une place, ne même plus pouvoir mettre de l'essence dans sa camionnette.»

Mais il ne se laisse pas abattre: on lui a enlevé son gagne-pain parce qu'il n'est pas allé l'université, il va remédier à la chose et retourner aux études.

C'est là qu'il se lie d'amitié avec une bande de jeunes originaux se déplaçant en scooter - son nouveau moyen de locomotion à lui aussi - dont fait partie la pétillante Talia (Gugu Mbatha-Raw), qui va s'occuper de relooker le quinquagénaire. Et puis, la route de Larry croise celle de Mercedes Tainot (Julia Roberts), professeur d'art oratoire qui a perdu sa passion pour l'enseignement en cours de carrière. Les deux femmes vont l'aider à voir le bout du fameux tunnel. Et lui, à sa manière, va également les aider à trouver une place plus sereine au soleil.

Pas déprimant

Même s'il se déroule sur fond de crise, «ce film-là n'est pas déprimant», assure la star. «Vous savez, le meilleur film que vous pouvez faire sur la récession est un documentaire qui expliquerait ce qui se passe. Le deuxième que vous pouvez faire sur ce sujet en est un très sombre et déprimant qui se termine sans note d'espoir. Avec Larry Crowne, nous sommes ailleurs. Nous sommes en présence d'un homme qui va se battre, entre autres contre le désabusement ambiant. Son vrai combat est là.»

De là à dire que la meilleure chose qui soit arrivée au personnage ait été de perdre son emploi, il n'y a qu'un pas que Tom Hanks franchit allègrement, comme sa coscénariste, Nia Vardalos, l'avait franchi un peu plus tôt, lors d'une autre conférence de presse. «Cette histoire n'est pas déprimante, mais, au contraire, édifiante. Elle raconte ce qui peut se produire si vous gardez le coeur ouvert», fait celle dont la première collaboration avec Tom Hanks remonte à My Big Fat Greek Wedding, qu'il a produit, qu'elle a écrit et interprété.

Ils ont de nouveau collaboré pour My Life in Ruins. «C'est là que Tom m'a sollicitée avec cette idée qui allait devenir Larry Crowne, et m'a demandé si je voulais l'écrire avec lui.» Parfois dans la même pièce, parfois séparément, ils ont écrit le scénario. «Ni lui ni moi n'avons d'ego. Nous avons travaillé avec honnêteté, sans qu'aucun de nous force quoi que ce soit», poursuit celle qui se retrouve aussi avec un «rôle» dans le film: «La voix du GPS», pouffe-t-elle.

Et de conclure au sujet de cette comédie romantique qui n'a rien d'une superproduction: «Les journalistes le disent, le public le dit, les acteurs le disent, nous avons besoin de films pour adultes. En voici un. Tant mieux. Autrement, bientôt, nous serons tous à jouer dans Transformers 12 et vous, à le critiquer.» «Et ce n'est pas simplement une question de saison, précise Tom Hanks. La nature de tous les films, pas seulement ceux qui sortent en été, est différente aujourd'hui de ce qu'elle était il y a cinq ans. Le moteur des longs métrages est maintenant le CGI. Grâce à ça, tout peut arriver à l'écran. Cela donne une liberté énorme. Mais quand vient le temps de faire parler des gens dans une pièce, de créer des personnages dans lesquels le public se reconnaît, le défi est aussi très grand.»

C'est celui-là qu'il a décidé de relever.

Par MonCinéma

Source : Sonia Sarfati