"Capitaine Phillips" : trois questions à Tom Hanks

19 Novembre 2013


Dans le nouveau film de Paul Greengrass, l'acteur offre une performance qui pourrait bien lui valoir une nouvelle nomination aux Oscars...

Qu'est-ce qui vous a attiré dans ce projet ? Quels challenges vous ont le plus excité ? Qu'est-ce que ce film représente pour vous ?
J'ai toujours été fasciné par ce que je qualifierais de "divertissement du réel", la non fiction en quelque sorte. Je suis un gars qui lit constamment des journaux, des magazines et qui retient une histoire, que je considère d'ailleurs généralement comme plus fascinante que n'importe quel film. Pour Capitaine Phillips, c'est ce sentiment que le scénario m'a inspiré. Le livre écrit par le vrai Richard Phillips est une description très fidèle de ce qu'il a vécu. Mais notre film opère aussi sur une plus grande échelle. Et cette ampleur est fascinante d'un point de vue cinématographique. On se souvient tous de films tirés de faits divers, où des méchants essaient de détourner un navire, un avion ou même la Maison Blanche. Là il s'agit d'un fait réel, qu'on a tous vu ou lu dans les journaux et un des challenges du réalisateur, le plus gros peut-être, est d'en faire un long-métrage proche de la réalité tout en le rendant prenant, si captivant qu'il en devienne aussi un divertissement. C'est aussi cette ambition qui m'a attiré, comme à chaque fois que j'ai eu l'occasion de faire ce type de films, je pense à Apollo 13 ou Il faut sauver le soldat Ryan. Et selon moi c'est aussi plus efficace vis-à-vis du public : le fait que ce soit réellement arrivé rend l'histoire encore plus palpitante. Et je voulais évidemment faire ce film pour travailler avec Paul Greengrass, un spécialiste de ce format cinématographique. Le premier film de Paul que j'ai vu est Bloody Sunday, et j'y ai pensé pendant longtemps. Et c'est après avoir vu ce film que je me suis dit que je voulais vraiment travailler avec lui. Voilà Capitaine Phillips, ce sont tous ces arguments.

Que pouvez-vous nous dire sur Richard Phillips et sur votre relation ? Etait-il impliqué dans la création du film ? Est-il en accord avec tout ce que vous montrez ?
Je suis allé lui rendre visite plusieurs fois chez lui et une des premières choses que je lui ai dites, à sa femme et lui, est que nous allions faire une "fausse" version de son expérience. Je l'ai prévenu qu'à un moment j'allais dire une réplique qu'il n'avait pas prononcée, que j'allais me trouver à un endroit où il n'était jamais allé ou faire quelque chose qu'il n'avait jamais faite. Mais je lui ai aussi assuré que, mis à part ces éléments, le film allait se dérouler sur un bateau comparable au Maersk Alabama [ndlr: le bateau du vrai Capitaine Phillips] et dans un canot de sauvetage similaire... Il a très bien compris le fond de mon discours, d'autant plus facilement que son livre avait été également en partie contesté par des gens qui étaient à bord de son bateau ! Même un fait réel peut être vu sous une multitude de perspectives. Et via ce film nous allions proposer une nouvelle vision. Richard est un marin, c'est son métier, pas un hobby. C'est un pragmatique qui a traversé une épreuve extraordinaire et a failli ne pas en sortir vivant. Et vous savez ce qu'il fait actuellement ? Il est toujours en mer, il part toujours pour des missions de plusieurs semaines. C'est un vrai membre de la marine marchande qui ressent une grande fierté pour son travail. Bien entendu il aurait préféré ne pas être kidnappé par des pirates somaliens. Mais ça lui est arrivé.

Paul Greengrass a volontairement séparé les comédiens interprétant les pirates du reste de l'équipe, jusqu'au moment du tournage de la prise d'otages. Que retirez-vous de cette expérience ?
C'était assez extraordinaire. J'étais sur le pont avec Michael Chernus (ndlr : l'interprète de Shane Murphy] et quelques autres comédiens et nous avons été témoins de leur prise de contrôle. Nous les avons entendu venir... Pour la mise en place, Paul Greengrass voulait que leur bateau s'approche du nôtre, en partant de loin, qu'ils s'approchent pour finalement envahir le pont, en tirant en l'air dans tous les sens. Quand ils sont finalement arrivés dans la cabine de pilotage, et ils ont vraiment fait irruption, c'est la première fois que nous les voyions. Réellement la première fois. Ils étaient si maigres, c'est d'abord ce qui m'a frappé, leur maigreur. Ce sont les êtres humains les plus minces que j'ai jamais vus. Mais ils étaient bien évidemment effrayants aussi, avec leurs grandes mains, leurs dents tarabiscotés, et ils s'agitaient partout, pointant leurs armes à feu devant nos visages. Mes poils se sont vraiment hérissés. J'ai vécu un moment particulier, viscéral. En fait on était tout simplement pétrifié. Ceci étant dit, cet effet n'était réellement efficace que pour la première prise. A la troisième, ils étaient en train de me dire qu'ils n'arrivaient pas à croire qu'ils jouaient avec l'interprète de Forrest Gump. Mais grâce à cet artifice de Paul, nous avons créé un lien très particulier avec nos "ravisseurs". De manière générale d'ailleurs la première fois que vous rencontrez un partenaire de jeu, cela a une influence sur votre relation et sa dynamique pour le reste du film. Cet artifice a été très bénéfique de ce point de vue. Très intelligent de la part de Paul. D'autant que cela a insufflé une certaine énergie pour cette journée de tournage durant laquelle nous avons tourné 7 pages de scénario.

Par Emmanuel Itier

Source : Allociné