Il n'est jamais trop tard: Tom Hanks l’acteur studieux

06 Juillet 2011


Pourquoi avoir choisi de raconter ­l’histoire de Larry Crowne, licencié sous prétexte qu’il ne pourra pas progresser parce qu’ il n’a pas fait d’études ?
Tom Hanks. Mes études à l’université dans les années 70 m’ont beaucoup marqué. J’avais depuis longtemps envie d’écrire l’histoire d’un homme qui essaie de se réinventer. Mon personnage n’a plus aucune raison de se lever le matin, il a perdu ses amis, sa communauté, il décide d’aller à l’université car il a l’espoir que quelque chose puisse se passer.

Vous pouvez faire tout ce que vous voulez. Vous nous aviez habitués à des sujets plus profonds…
C’est un mythe de dire que je peux faire ce que je veux. Une seule chose compte aujourd’hui : combien un film coûte et combien il rapporte. Le roi dollar a le dernier mot. Malgré la présence de Julia Roberts et mes relations privilégiées avec certains studios, quand j’ai essayé de monter ce film on m’a dit : “Vingt-cinq millions de dollars pour une petite comédie romantique ? Pas question.” Si le film avait été la suite d’un ­succès au box office, les producteurs auraient suivi immédiatement.

Pensez-vous que dans le contexte actuel on puisse encore avoir une seconde chance aux Etats-Unis ?
Encore plus, mais au prix de très grands sacrifices. Il faut tout réévaluer. Plus que jamais, je crois au rêve américain car il est basé sur la “réinvention” et, en Amérique, on peut encore être ce qu’on veut. Tout le monde s’il le désire peut devenir Lady Gaga ! Qu’ils soient sur la pente montante ou descendante, les gens ont une seule idée en tête : entreprendre et faire avancer les choses.

Hollywood est devenu une plate-forme politique, est-ce Hollywood qui a contaminé la politique ou le contraire ?
Ce sont deux choses tout à fait séparées. Personne ne fait vraiment attention à un acteur ou à une célébrité qui soutient une cause ou un candidat politique. De nos jours, on ne fait pas de politique, on fait des castings. Mais là où Hollywood est imbattable, c’est pour amasser des fonds. Cela dit, je ne suis pas sûr qu’à la longue Hollywood ait une quelconque influence sur le monde politique. Le show-business restera toujours du show-business.

Une star aujourd’hui a presque autant de pouvoir qu’un président, vous trouvez ça normal ?
Je ne comprends pas le pouvoir des célébrités, mais je ne peux pas nier qu’il existe. On n’est pas des politiciens, on n’est pas là non plus pour établir des lois. En revanche, on doit être des exemples pour les autres qui nous regardent.
A partir du moment où votre travail a une résonance sur la psyché du public, vous avez une responsabilité morale, votre seul choix est de toujours dire la vérité. 

L’affaire DSK a-t-elle fait des vagues a Hollywood ?
Enormes. On a beaucoup de mal à croire qu’un homme aussi puissant, sur le point peut-être de devenir président, soit tombé de son piédestal aussi brutalement, en plus pour de tels motifs. Certains hommes se croient au-dessus des lois, on essaie tout le temps de trouver des explications psychologiques à leurs actes, peut-être simplement qu’ils ne méritent pas ce qu’ils ont !

Comment avez-vous réussi à garder votre intégrité ?
En ne bougeant pas une oreille ! Dorénavant, tout se sait. Pourquoi prendre de tels risques ?

L’affaire DSK est devenue une affaire politique, ça ne vous intéresserait pas d’y consacrer un film ?
Non, car il y aurait de grandes probabilités que le film sorte la même semaine que “Very Bad Trip 2” sur une bande de jeunes qui se baladent en Thaïlande pour se faire des filles ou qu’une comédie de teen-agers et il n’aurait aucune chance !

Vous voyez que même pour vous le dollar est roi !
Touché ! 

Par Dany Jucaud

Source : Paris Match